20 morts par an liées à la pilule : la polémique continue

Depuis décembre, la polémique sur la pilule suscite la méfiance. Le dernier rapport de l’ANSM et le gynécologue Loïc Miller apportent un éclairage sur cette crise de la contraception.

14 décembre 2016. Une jeune femme, Marion Larat, porte plainte contre le laboratoire Bayer (Cialis) qui commercialise la pilule de troisième génération, Méliane. La patiente avait des antécédents cardiovasculaires, et la pilule a entrainé un AVC et une paralysie.

Une défiance vis-à-vis des laboratoires et du corps médical s’installe. Les contraceptifs de troisième et quatrième génération qui contiennent un progestatif plus récent, seront déremboursés dès le 31 mars. C’est à cette date également que l’IVG, les pilules de 1ère-2ème génération, l’implant hormonal et les stérilets seront couverts à 100% ; et les pilules de 1ère-2ème génération, rendues gratuites pour les mineures.

2529 accidents thromboemboliques et 20 morts imputés à la pilule

Dans son dernier rapport, portant sur les années 2010 et 2015, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) tient également compte des 1ère-2ème générations et explique que :

  • La pilule, toutes générations confondues, cause 2529 accidents thromboemboliques veineux, et 20 morts prématurées par an. Ces décès sont dus à des embolies pulmonaires. Le recensement des troubles artériels comme l’AVC, n’a pas encore été effectué.
  • 14 des morts prématurées sont imputables aux pilules de 3ème et 4ème génération, et 6 aux 1ères et 2ème générations.
  • 778 des accidents veineux sont liés aux 1ère-2ème générations et 1 751 aux 3ème-4ème.

Diabolisation de la pilule et grossesses non désirées

Il importe de regarder ces chiffres avec du recul. Si le risque d’événement thromboembolique veineux est de 0,04% (soit 4 femmes pour 10.000) pour les 3ème-4ème générations et de 0,02% pour les 1ère-2ème, il est de 0,06% chez la femme enceinte et ne fait pas tant de battage ! Il faut aussi rappeler que les dernières générations de pilules conviennent bien à certaines femmes qui se plaignent d’effets secondaires, comme des jambes lourdes, maux de tête, et prise de poids, lorsqu’elles sont sous pilules plus classiques.

Cette polémique a mené à des interruptions brusques des traitements. D’après le rapport de l’ANSM si les pilules de 3ème et 4ème génération présentent une chute des ventes de 34 % au mois de février, celles de 1ère et 2ème génération ont grimpé de 27 %. Les conséquences de cette crise sur les grossesses non-désirées et l’augmentation des IVG n’ont pas encore été chiffrées, mais elles ont déjà été constatées par les gynécologues. 150 000 femmes ont arrêté la pilule soudainement avant la fin 2016. On ne sait pas encore si elles se sont tournées vers une autre contraception.

Justement, le Dr Loïc Miller, gynécologue obstétricien à Auxerre fait le point sur les pilules et les autres moyens de contraception.

Comment se fait-il que le stérilet (DIU) au cuivre, qui ne comporte pas de risques cardiovasculaires, ne soit pas plus prescrit en France ?

Il est moins demandé par les patientes qui optent spontanément pour la pilule. Le stérilet vit des contre-indications de cette dernière. Nous devons la prescrire en priorité, notamment chez les jeunes femmes qui n’ont jamais eu d’enfants et dont l’utérus est trop petit pour poser un stérilet. De plus, il y a un risque infectieux. Si les germes de la cavité utérine remontent vers les trompes et les abîment, les femmes ne peuvent parfois plus concevoir. Donc on réserve le stérilet à celles qui ont du diabète, de l’hypertension artérielle, et des antécédents de cancers hormonodépendants.

Comment prescrire une contraception adaptée à une patiente ?

Il faut interroger la patiente et faire des tests sanguins avant une prescription. On vérifie d’abord le taux de cholestérol et la glycémie. Puis, s’il y a des antécédents familiaux thromboemboliques, on effectue des examens plus sophistiqués et coûteux, comme la recherche des protéines C et S, le temps de céphaline activée, le déficit en facteur V…

Comment réagissent vos patientes au retrait du traitement anti-acnéique Diane 35 et à la polémique sur les pilules de 3ème et 4ème génération ? Avez-vous observé des abandons de pilule et des grossesses non désirées ?

Non, peu de mes patientes sont sous 3ème et 4ème génération. Mon critère est le remboursement, donc je prescris plus de pilules de 1ère-2ème génération (certaines pilules de 3ème-4ème n’étaient déjà pas remboursées avant le 31 mars). Je n’opte pour les dernières générations qu’en deuxième instance, si les premières ne conviennent pas à la patiente. Quant au Diane 35, je trouve qu’il est dommage d’avoir tué un antiacnéique qui avait son intérêt. Nous n’avons rien pour le remplacer et les patientes sont très embêtées.

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